L'arme qui cache la forêt
C’est l’hiver. La brume s’enroule peu à peu autour de paysages plongés dans le silence. Durant ces mois froid, la nature rentre en sommeil.
C’est le moment choisis par l’homme pour se mesurer à elle. Tradition rurale voie ancestrale, ou encore rituel de convivialité pour les autres. Tradition ancestrale, la chasse demeure intrinsèquement un acte de domination.
Au-delà du rapport de force qu’elle installe, elle s’inscrit dans une logique d’appropriation territoriale où la question de la mort est pleinement intégrée et même revendiquée.
"On entre dans le travail de Jonas Jacquel sans oser faire un bruit, tout à cette ambiance si particulière du départ, où la nuit s'efface lentement devant la brume et les premières lueurs du jour. Une tension sourde, presque implacable transpire. Dans ces moments suspendus entre l'attente et l'explosion, entre la quiétude des paysages et la brutalité froide des gestes. Les images de Jonas Jacquel capturent cette dualité : la beauté des lumières humides, la gravité des visages et l’ombre invisible mais omniprésente de la mort. Et nous, spectateurs, sommes pris dans ce paradoxe. Fascinés, troublés, incapables de détourner les yeux. On entend presque le craquement des feuilles sous les pas, le souffle retenu, on accompagne le claquement sec qui brise le silence et l'odeur de poudre qui se mêle à celle de l'humus. Une histoire se raconte. Les images de Jonas Jacquel ne jugent pas. Elles témoignent avec puissance de ce que seuls les initiés et la forêt savent. "
Aymeric Laloux